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Narcisse Praz, écrivain anarchiste

Le dernier ouvrage de l'écrivain nendard, "La Bagnarde", vient de sortir.

Narcisse Praz est l'un des écrivains valaisans les plus prolixes et les plus connus en Romandie. Auteur du célèbre journal "La Pilule" ou du "Crétin des Alpes", l'écrivain et peintre de Nendaz vient de sortir un nouvel ouvrage aux Editions Slatkine, "La Bagnarde". Nous l'avons interviewé à ce sujet et lui avons posé aussi quelques questions sur ses vieilles convictions d'anarchiste, auxquelles il dit être resté fidèle. Narcisse Praz, au-delà du personnage hors normes, a en tout cas une véritable stature d'écrivain et il l'a prouvé au travers de dizaines de livres. Interview.

"La Bagnarde" un nouvel ouvrage de Narcisse Praz, paru aux Editions Slatkine. Pouvez-vous nous résumer la trame narrative de cet ouvrage qui se passe en Valais?

L'histoire de "La Bagnarde" se déroule dans les années 1830 à 1870 entre les vallées de Bagnes, Isérables et Nendaz. C'est l'époque où le tout récent canton suisse du Valais se trouve en pleine ébullition en raison de la guerre que se livrent la Nouvelle Suisse bas-valaisanne radicale et libérale et la Vieille Suisse haut-valaisanne, conservatrice et épiscopale. Or, voici que surgit dans un village haut perché de la vallée de Nendaz une jeune inconnue qui ne va pas manquer de semer force interrogations dans la population montagnarde...

Que vous inspire le Valais de 1830 avec ses préjugés, ses normes sociales, ses cadres religieux et politiques, ses luttes "tribales", "claniques" entre vallées?

Pour se faire une idée de l'évolution des esprits et mentalités dans le jeune canton du Valais (1815) dans les années de vie de "La Bagnarde", rien de tel que la lecture du livre de Robert Giroud intitulé "De la bastonnade de Martigny au Concordat". Le journal "Le Confédéré" en publie régulièrement et hebdomadairement des extraits. Nos vallées alpestres semblaient imperméables à l'esprit des Lumières et des idéaux de la Révolution française. La proximité entre le Bas-Valais et la France favorisa l'ouverture à ce nouveau mode de pensée, au grand dam de l'obscurantisme séculairement entretenu par l'évêché de Sion. L'héroïne du roman, la Bagnarde Marie-Légère, se révélera messagère de ce souffle de liberté et de lucidité né de la laïcité. Pour son malheur, elle atterrit dans un groupe de villages et hameaux constitués d'abord et essentiellement en paroisse et seulement ensuite en commune politiquement organisée. Le seigneur des lieux n'est pas le président de la commune mais le curé!

Autre sujet contemporain, que pensez-vous des enjeux politiques induits par la mondialisation?

Pour le libertaire que je suis, la mondialisation capitaliste ne signifie rien, absolument rien d'autre sinon l'abrutissement systématique des populations de la planète Terre par société de surconsommation et de déjection interposée. L'unique mondialisation dont je rêve ne sera possible qu'après l'extinction de l'espèce humaine dite homo sapiens qui sapiens l'est si peu. Si peu! Utopie? Peut-être que non! L'usage que fait l'humanité mondialisée du terme sapiens laisse entrevoir tous les espoirs d'une prochaine et imminente extinction de l'espèce. Ouf! Pour qui douterait du bien-fondé de pareil voeu cataclysmique j'exhibe les simples titres des journaux écrits ou télévisés qui témoignent du fait que, intrinsèquement, l'humanité ne s'est en rien améliorée depuis ses origines. N'est-ce pas, Sir Charles Darwin? Le jour où naîtra enfin une humanité digne de ce nom, c'est-à-dire exempte de l'instinct d'accaparement engendrant l'instinct de domination, père lui-même de l'instinct de mort, ce jour-là, oui, j'appellerai de tous mes voeux une mondialisation de l'espèce humaine. En attendant, que les gros continuent de bouffer les plus petits!

Narcisse Praz, êtes-vous toujours l'anarchiste de "La Pilule"?

Anarchiste? Oui, je le suis plus que jamais, mais sans illusions: l'humanité telle qu'elle se présente quotidiennement à moi à travers ses médias est indigne de mon idéal anarchiste: personne au-dessus de moi, personne au-dessous de moi, dans le libre consentement de chacun.

"La Bagnarde",

Narcisse Praz, Slatkine,

360 pages, 39 francs

Article dans le Nouvelliste du 17.10.2013

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