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Jeudi 9 janvier 2014.
L'ami F.B. Pierre-Alain Pellet évoque le temps du Renquilleur du journal La Suisse. Voilà qui me rappelle un souvenir personnel. Un ami, objecteur de conscience -tous les objecteurs de conscience étaient mes amis - Alain Lenoir, après avoir déjà purgé 7 mois de prison pour refus de servir, reçoit une citation à comparaître devant le Tribunal de police pour refus de payer sa taxe militaire. Il me demande de venir témoigner pour lui. Je lui dis que le témoignage de l'antimilitariste forcené que je suis ne peut que lui nuire. Il insiste. Alors, une idée me vient. J'avertis Raoul Riesen, le Renquilleur de La Suisse et lui donne rendez-vous au tribunal. Nous y voilà. La présidente du tribunal, pas folle, a compris comment elle pouvait anéantir mon éventuel témoignage:
- Monsieur Praz, dit-elle, pouvez-vous prouver que M. Alain Lenoir n'a pas les moyens financiers de payer sa taxe militaire?
Je flaire le piège. Il se trouve que l'ami Alain faisait partie de ces objecteurs de conscience autorisés à sortir de la prison de Champdollon pendant la journée, à la condition d'y rentrer le soir. C'était même devenu un rituel entre le directeur de la prison et moi qui administrais à l'époque les magasins de montres "Au fou": il me téléphonait pour me demander si j'avais du travail pour un objecteur de conscience. Banco! A chaque coup, ça marchait. Bref, me voilà face à Madame la Présidente. Oui, je savais combien gagnait Alain Lenoir, mais le problème était ailleurs. Et me voici expliquant que non, j'ignore les moyens financiers dont dispose l'accusé. -

- Mais, en revanche, ajoutai-je, Madame la Présidente, je connais assez bien Alain Lenoir pour affirmer que, indépendamment de ses moyens financiers, sa conscience ne lui permet pas de payer sa taxe militaire. Et voici pourquoi: c'est Jean de La Fontaine qui m'en fournit l'argument...

Et me voici récitant devant le Tribunal la fable apprise par coeur de

L'Oiseau blessé d'une flèche:

"Mortellement atteint d'une flèche empennée,
Un oiseau déplorait sa triste destinée,
Et disait, en souffrant un surcroît de douleur:
"Faut-il contribuer à son propre malheur!
Cruels humains, vous tirez de nos ailes
De quoi faire voler ces machines mortelles.
Mais ne vous moquez point, engeance sans pitié:
Souvent il vous arrive un sort comme le nôtre.
Des enfants de Japet toujours une moitié
Fournira des armes à l'autre."

- "Et voilà, Madame la présidente, pourquoi Alain Lenoir refuse à juste titre de payer sa taxe militaire: il refuse d''être financièrement complice des futurs assassinats commis au nom de la raison d'Etat par les tueurs à gage de la Confédération aussi appelés soldats. "

Plaidoyer pour rien, car Alain Lenoir fut bel et bien condamné à payer sa contribution aux armements et exploits des tueurs à gage de la Confédération suisse. Fidèlement, Le Renquilleur de La Suisse rapporta l'évènement dans son journal. Tu t'en souviens, Pierre-Alain Pellet? Merci, feu M. Raoul Riesen.

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