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Plus je connais les hommes...

... et plus j'aime les tigres, les loups, les hyènes et tous les charognards. Voici ce que nous apprend le Canard enchaîné. Les Allemands ont inventé "La ferme des 1000 vaches". Les Français, jaloux, s'empressent de les imiter et ont choisi la région de la Somme pour se lancer à leur tour dans cette drôle d' aventure. De quoi s'agit-il? Un bâtiment de 250 mètres de longueur, grand comme trois terrains de football, pouvant contenir 1000 vaches en stabulation hors sol, autrement dit des vaches qui, leur vie durant -si on peut appeler ça une vie? - ne brouteront pas un seul brin d'herbe, seront nourries de granulés et autres saloperies industrielles, avec une salle de traite automatique, trois hangars pouvant contenir 750 veaux et génisses mis bas une fois par an (parce que sans mise bas, pas de lait, n'est-ce pas?). En résumé: des bêtes passant les 365 jours et les 365 nuits de l'année avec la corde au cou, transformées en machines à chier du veau pour pisser du lait! Pour le seul profit de leur exploitant vénal, cupide et bon calculateur, en un mot: un salaud! Un humain, ça? Hélas oui. Comme toi et moi.

Les Chinois ont déjà fait mieux avec leurs usines géantes avec réfectoires et dortoirs incorporés dans lesquels des humains asexués sont censés avoir une vie d'humains condamnés à produire, produire encore et encore, de la chaussette, du pullover, du jean, de la godasse, des jouets, des gadgets... pour gagner leur bol de riz et le droit de le déféquer après digestion advenue. Moins veinards que les vaches allemandes et françaises, ils ne verront pas leurs excréments transformés en gaz par des méthaniseurs géants qui alimenteront en électricité leur prison industrielle. Faut dire que les Chinois sont moins évolués que les Allemands en matière d'utilisation scientifique des gaz...

Mais que font toutes les Sociétés Protectrices des Animaux d'Europe?

En attendant, on peut se consoler en lisant ce poème que j'écrivais en 1982 dans mon recueil "La complainte des animots" sous le titre:

La vache.

Savez-vous ce que c'est que de n'être que viande?/Je suis lait, je suis peau, je suis viande en sursis. /

Apparemment je vis sans crainte ni souci. Je file droit, c'est tout ce que l'on me demande... En attendant le coutelas.

Mais savez-vous, Monsieur, que je possède un coeur? / Et que ce coeur n'est pas que de viande et de muscle? / Je vois que mon propos étrange vous offusque? / Un coeur de vache? Allons! Riez-en jusqu'aux pleurs. / Plantez-y votre coutelas!

Les larmes? Parlons-en! Pleurer comme une vache?/ C'est votre expression. Eh bien, oui, nous pleurons./ Nous aimons, nous souffrons. Et nous nous écoeurons./ Nous sentons, nous pensons. Il est bon qu'on le sache... /Avantl l'heure du coutelas.

Si nous parlions d'amour, Monsieur notre éleveur?/ Le licol au museau, solidement coincée, /Garrotée, entravée, offerte à la poussée... de l'inséminateur, sept minutes par an... /En attendant le coutelas.

Le maître est satisfait, car me voici prégnante. /S'il me laissait au moins la maternelle amour, le cuistre, le bandit. / Mais son plus vilain tour, c'est le rapt de mon veau. J'en suis toute geignante. /C'est pire que le coutelas.

Il dispose de nous en despote absolu, / Nous fait naître et mourir selon sa convenance./ Et s'il pose sur nous sa main, de confiance, / Nous palpant, nous savons, à son air résolu, /... Que c'est l'heure du coutelas.

Mais le drame, le vrai, c'est la mort des instincts/ Qui vont s'atrophiant: animaux fantastiques nous fûmes; Nous voici viande domestique. /Avouez que c'est là misérable destin./ Mais mon discours s'arrête là... /Car j'entrevois, enfin, le coutelas.

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