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Les gens de la critique parasites de l'art?

A l'occasion de la disparition de Hans Erni, l'unanimité semble se faire sur un point le concernant: artiste populaire, il fut très aimé du commun des mortels mais très peu apprécié par les gens de la critique. L'une des questions que pose cette distorsion d'appréciation est la suivante: mais de quels chefs-d'oeuvre dans leur domaine respectif ces gens-là sont-ils les auteurs pour s'autoriser à émettre une opinion tranchée et qualifiée sur l'oeuvre d'un artiste? Qu'il s'agisse de musique, de peinture, de littérature, de sculpture ou de toute autre forme d'art? Et de quel droit les médias s'autorisent-ils à présenter comme indiscutables les conclusions de ces gens-là qui ne sont, dans la plupart des cas que les ratés plus ou moins aigris de l'art en question?

Voici deux anecdotes sur le sujet. La première est personnelle. Lors de la parution aux Ed. Pierre Boillat d'un de mes romans, l'éditeur en envoya un exemplaire à M. André Marcel, journaliste très connu, anciennement du Confédéré, puis de la Nouvelle Revue de Lausanne. Celui-ci souhaita me rencontrer avant de rédiger son article. D'emblée il me mit à l'aise en me disant qu'il ne se considérait pas du tout comme un critique littéraire qualifié (en existe-t-il seulement?) et me raconta son anecdote. Son maître de stage l'ayant envoyé faire un compte rendu d'une exposition de sculpture, le stagiaire André Marcel avait protesté de son ignorance de l'art en question. Pas de problème à ça, lui avait rétorqué son maître: si je t'envoie faire un reportage sur une exposition de sculpture, use du vocabulaire de la musique, de la littérature, de la peinture et de la poésie et tout te deviendra facile et familier. Et inversement pour chacun de ces autres arts en mélangeant la terminologie à l'infini. C'est ce que font les gens de la critique. Merci pour la leçon.

L'autre anecdote est bien plus percutante, puisqu'il s'agit de la fameuse méchante blague organisée par l'écrivain Roland Dorgelès de l'Académie Goncourt pour le lancement en France d'un peintre italien signant Boronali. S'étant fendu d'un article dithyrambique sur le dit génie italien à l'occasion de son exposition au Salon des Indépendants (je crois), tous les critiques des autres journaux, au vu du prestige du signataire, lui emboîtèrent le pas et y allèrent dans leurs colonnes d'autant de dithyrambes sur la révélation de ce peintre Boronali censé se trouver de la sorte "lancé" pour une fulgurante carrière. Et puis, patatras! Lors d'une séance célèbre de présentation de l'un des chefs d'oeuvre signé Boronali et portant le titre de "Coucher de soleil sur l'Adriatique", en présence des critiques du Tout Parais qui y étaient allés de leurs éloges sans nuances, Roland Dorgelès introduisit l'auteur véritable du tableau qui n'était autre qu'un âne. Il lui saisit la queue, la trempa successivement dans plusieurs pots de peinture de différentes couleurs, intitula son tableau "Coucher de soleil sur l'Adriatique" et signa: "Boronali". Il s'offrit le luxe de préciser que le choix de ce nom n'était pas le fait d'un hasard, mais de sa connaissance des fables de La Fontaine où l'on trouve son anagramme sous appellation de Maître Aliboron désignant l'âne réputé inculte.

Mesdames et Messieurs, les critiques d'art, de tous les arts, on vous pose la question: de quels chefs-d'oeuvre êtes-vous, à titre personnel, les auteurs? Et de quelle légitimité vous réclamez-vous pour émettre des opinions qui se veulent incontestables au sujet des oeuvres d'autrui? Ne répondez pas tous en même temps...

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