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Mohamed Ali est mort? Et alors?

Je m'incline devant le Mohamed Ali qui a fait de la prison pour avoir refusé de participer aux tueries du Viet-Nam parce qu'aucun Viet-namien ne l'avait jamais traité de sale nègre, injure très répandue dans les si exemplaires U.S.A. Expérience durement vécue par lui-même.

Je m'incline devant le Mohamed Ali défenseur des droits civiques des Noirs en leurs si exemplaires U.S.A.

Mais je demeure sans voix face aux images mondialement transmises par films et télévisions montrant un homme dont la carrière a consisté à envoyer des coups de poings dans la figure d'autres hommes... qui osaient le défier. Et ça s'appelle "le noble art"? Noble art de mon cul, dirait Zazie.

A ce titre, le comportement social de Mohamed Ali universellement célébré aujourd'hui comme le plus grand et le meilleur sportif de tous les temps se situe exactement au même niveau que... celui des vaches de combat de la race d'Hérens dont la carrière consiste à remplacer les coups de poings des boxeurs par des coups de cornes! Et que je te fracasse ta mâchoire, sale petit morveux! Et que je te fasse un oeil au beurre noir, gros plouc! Et que je te casse quelques dents, toi qui oses me défier !

La boxe un sport? Non. La boxe est l'avant-dernier degré de la sublimation du raffinement que peut atteindre un être humain rejoignant le niveau des aèdes et poètes du gourdin datant des époques antérieures à l'avènement du langage. Un sport de pithécanthrope pour un public de pithécanthropes avides de sang humain.

Mohamed Ali? C'est un poing plus un poing! Un point, c'est tout. Mais que dire des supporters indispensables à la réussite d'une carrière faite de coups de poings échangés entre poètes distingués? Que dire de leurs hurlements à la mort à l'encontre du moins doué des deux combattants sinon que chaque coup de poing en pleine gueule de l'un des partenaires représente une revanche personnelle pour tous ces bons samaritains du samedi soir qui l'applaudissent! Et lorsque le vaincu gît au sol en bavant et pissant son sang, c'est l'extase garantie dans le public hurlant ses cantiques à la gloire du vainqueur.

Plus charmants, plus délicats, plus touchants que les deux boxeurs sur le ring il y a leurs supporteurs respectifs dans la salle. Et ça, c'est pathétique: des australopithèques, hommes et femmes, qui en sont réduits à s'en remettre à deux échangistes de coups de poings dans la gueule pour se guérir de leurs subliminaux complexes d'infériorité face à leur chef de bureau, à leur contremaître, à leur prof... ou, tant qu'à faire, face à quiconque les domine. "Tue-le!" hurlent-ils dans leur délirant besoin de revanche sociale. C'est ça, la boxe.

Boxeurs et amateurs de spectacles de boxe, je retire tout le mal que je viens de dire de vous. Et je pense avoir au moins une bonne raison pour le faire...Devinez laquelle. Donc, je n'ai rien dit. Vous êtes tous de délicats poètes attendrissants et dignes d'admiration. A vrai dire, vous m'émerveillez: je n'en reviens pas que des gens aussi délicats existent encore au milieu des brutes qui n'aiment pas la boxe.

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