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Mon père, je m'accuse...

Ce martin, la Pravda du Valais et de l'évêché de Sion publie en sa dernière page une photographie montrant deux garçons et deux fillettes faisant trempette dans le bisse d'Hérémence en 1926 sous la surveillance d'une femme. Les enfants ont pudiquement retroussé pantalons et jupes jusqu'au-dessus du genou. On imagine les affres de pudibonderie de la femme qui les observe: pourvu qu'ils arrêtent là! Pas jusqu'aux cuisses, quand même!

Une douzaine d'années plus tard, une scène similaire se déroulait quotidiennement au Botsa du Coudriou,  qui était traversé par le Bisse de Salins en sa partie supérieure juste avant la traversée du Torrent de l'Ogintze par le vertigineux Pont métallique des Bergéâts (lisez: des berges hautes). Les gamins de mon quartier de Beuson, filles et garçons mêlés tous risques assumés,  y menaient paître les deux ou trois chèvres de la famille. L'un de nos jeux consistait, pour les garçons, à faire "cochon pendu", c'est-à-dire à se suspendre à la barrière métallique du pont, les genoux pliés et tête en bas dans le vide.  Trente mètres. L'exercice périlleux suscitait, pour notre plus vive jubilation, les cris d'angoisse des filles.

Mais un jour nous découvrîmes un autre jeu d'une tout autre portée pour épater les filles. En amont de la traversée du torrent, on avait érigé une écluse afin de réguler le débit de l'eau ainsi partiellement retenue formant une gouille assez large et profonde pour susciter des envies de baignade et dont le fond se trouvait enrichi d'un limon doux à nos pieds.

Or, après les premières trempettes pudiques vint le jour où l'un de nous (moi peut-être?) fut saisi d'une envie soudaine de s'y lancer tout nu, provoquant instantanément la fuite des filles qui s'en allèrent se réfugier derrière aulnes et buissons tout en s'octroyant à la fois une séance de cinéma et leur première leçon d'anatomie masculine interdire en famille comme à la très catholique école des filles du village. La rumeur atteignit le village. Au terme de la première semaine, une des filles nous fit observer que, tout de même, ce serait bien de nous confesser le dimanche matin à la messe basse de sept heures. Il convient de préciser que la fille en question émanait d'une famille ayant fourni à l'Eglise catholique un prêtre et deux nonnes. Excusez du peu !

Or donc, nous voici tous le dimanche matin suivant agenouillés devant le confessionnal, chacun attendant son tour d'y entrer tout en préparant mentalement son aveu terrible:

-" Mon père, je m'accuse d'avoir péché contre la pureté. - Parle sans crainte, mon fils. - Je m'accuse d'avoir montré mon derrière aux filles en gardant les chèvres au Botsa du Coudriou en me baignant dans le Bisse de Salins. -C'est très grave, mon enfant. Pourquoi as-tu fait cela? Pour épater les filles? -Oui, un peu. -Et les autres garçons ont-ils aussi commis le péché avec toi?-Euh... Je n'ai pas le droit de le dire. On a tous juré .- Tu dois absolument me dire les noms de tous les garçons qui ont commis le péché avec toi, sinon je ne te donne pas l'absolution et si tu meurs en état de péché mortel tu iras droit en enfer où tu seras jeté dans une chaudière pleine d'huile bouillante pour toute l'éternité.

Face à pareille menace, j'ai donc dénoncé Alphonse, Francis, Charly, Georges et Charles. En sortant du confessionnal, je n'ai pas osé les regarder. Mais c'est pas tout, car le vicaire de Basse-Nendaz a aussi voulu connaître les noms de toutes les filles que nous avions ainsi scandalisées et poussées au péché contre la pureté. Alors, m'imaginant déjà gigotant et hurlant dans la chaudière d'huile bouillante sur le feu de l'enfer, j'ai aussi dénoncé Marceline, Lucie, Lucette, Madeleine, Angèle, Simone et Antoinette. Et celles-là non plus, pendant des années, je n'ai plus jamais osé les regarder droit dans les yeux.

Et ce gros malin de vicaire, derrière la grille de son confessionnal, de se frotter les mains: il avait dès lors beau jeu à voir lequel et laquelle parmi mes successeurs à son guichet essayerait d'escamoter son péché contre la pureté. Ayant de la sorte poussé au mensonge son ou sa pénitent(e), voilà une bonne raison de lui infliger un Ave Maria supplémentaire.

-Autant de gagné pour la Sainte Vierge Marie! conclut Monsieur le Vicaire Salamolard en s'auto-congratulant.

Rétrospectivement, aujourd'hui, 80 ans plus tard, je m'accuse, mon Père, de ne vous avoir pas, ce matin-là, craché à la gueule à travers les grilles de votre confessionnal maudit, grâce auquel votre Eglise exerce son pouvoir, aujourd'hui encore,  sur l'ensemble de cet arriéré et archaïque canton du Valais. Considérez que c'est chose faite: je crache.

Comme les enfants de choeur et les éphèbes des internats estudiantins catholiques, les mouches elles-mêmes se méfient des prêtres et de toute la hiérarchie du haut en bas de l'Eglise de Rome. Devinez pourquoi même les mouches...

Le frère lui-même du récent pape démissionnaire Benoît XVI ne vient-il pas de se voir publiquement accusé d'abus sur de jeunes membres d' une chorale mondialement connue? Et cela au milieu de 547 cas reconnus se rapportant à cette même chorale sous contrôle de l'Eglise. 547 crimes impunis... grâce au secret de la confession! La télévision ne vient-elle pas de nous montrer ce pape et son frangin copains comme cochons au coeur de cette chorale? 

Bonnes gens catholiques, où avez-vous les yeux?

Car aujourd'hui, sachant ce que tout le monde sait grâce aux médias,  je n'ai même plus besoin d'essayer d'imaginer le cinéma qui se passa dans la tête dudit confesseur en écoutant les aveux qui suivirent:  tous ces corps nus de futurs éphèbes ainsi offerts à ses fantasmes de condamné au voeu de chasteté perpétuelle, quelles délices! Mais interdites, les délices. A moins de transgression? Transgression sanctionnée... par la récitation de trois Ave et de trois Pater noster. Pas cher payé.

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