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Deuil.

Aujourd'hui, 22 juillet 2017, je suis en deuil. D'une figue. 

Il y a deux ans, je plantais dans mon jardinet sept arbres fruitiers. Je vous vois venir. Avec la fable du Vieillard et des trois jouvenceaux: "Passe encore de bâtir, mais planter, à cet âge..."

Mais mon audace de vieillard octogénaire n'allait pas jusqu'à supputer quelque récolte de fruits: la floraison de mon cerisier, de mon pêcher, de mon abricotier, de mon prunier et de mon pommier m'eût suffi. Or, floraison il y eut: deux années consécutives malgré le très jeune âge de mes amis les arbres. Quant à mon figuier, de fleurs je n'en attendais guère et pour cause, je connais l'arbre pour en avoir élevé quelques-uns dans mes aventures provençales.

Or donc, l'an dernier mon pêcher fut le seul à m'offrir fleurs et fruits: deux pêches. Une pour ma fille en visite et une pour mon bonheur personnel et ma fierté intenses: j'étais parvenu, moi, à me faire ma propre cueillette sur mon propre jardin de deux pêches de mon propre pêcher.

Cette année enfin, pêcher et pommier m'ont fait les honneurs de leur première floraison. Le pêcher quant à lui en était à sa deuxième offrande sublime: de ce rouge si particulier qui lui est propre. Quant au prunier et à l'abricotier, ce sera pour l'année prochaine, si Satan ne m'appelle pas à lui entre temps. 

Et voici que survient le miracle: mon figuier m'a gratifié avec une grâce infinie d'une figue juchée à l'extrémité supérieure de la plus haute de son branchage! Une figue! Aurais-je donc planté un figuier monofigue? L'ai-je donc cocolée, ma figue unique! Et que je t'arrose mon figuier matin et soir! Et que je surveille de jour en jour l'embonpoint croissant de son unique figue! Or, hier matin, il m'a semblé voir apparaître une couleur jaune sur la peau de mon bijou de figue. Parfait, me dis-je, je me la cueillerai demain samedi et je la partagerai avec mon fils et ma belle-fille lors de notre repas hebdomadaire commun.

Et patatras! Ce matin, 22 juillet 2017, jour fatal, jour de deuil, lorsque je me suis présenté devant ma belle promise, voilà-t-il pas que je constate qu'on l'a éventrée, qu'on lui a picoré coeur, foie et entrailles, ne me laissant que la peau. Et encore, sur un seul flanc du fruit. J'avais bien remarqué au réveil un va-et-vient inusuel autour de mon figuier de la part de rouge-queues, mésanges et autres dangereux prédateurs carnassiers, mais je n'y avais attaché aucune importance, persuadé que ce n'étaient là que jeux innocents. Alors, désespéré, j'ai cueilli ce qu i restait de ma figue bienaimée, c'est-à-dire la peau, et je l'ai croquée. Bon sang qu'elle était savoureuse! J'essaye encore d'imaginer les délices que m'eussent procurées son foie et son coeur. Et me voilà portant le deuil de la figue de mon figuier monofigue.

Heureusement, pour me consoler, je suis allé compter les pêches de mon pêcher bienaimé: 52 ! Cinquante-deux pêches! Qu'est-ce que je vais faire de pareille manne céleste? Je vais les vendre au marché. Avec l'argent que cela va me rapporter, j'achèterai un hangar pour abriter les prochaines récoltes. Puis, je revendrai le hangar et avec l'argent j'achèterai une ferme où je planterai 100 pêchers, 100 abricotiers et autant de pruniers, cerisiers et pruniers. Et je vendrai sur les marchés les fruits de ces arbres et avec l'argent je m'achèterai un château. En Espagne!

Et alors, je vendrai mon château en Espagne pur acheter un recueil des fables du fabuleux fabuliste parce qu'on m'a dit grand bien de celle qui parle de La laitière et le pot au lait.

Comme quoi à quelque chose malheur est bon. N'empêche, je porte quand même le deuil de ma figue unique.

Je profite de l'occasion pour lancer un appel aux dons. J'espère en recueillir suffisamment pour faire dire des messes pour le repos de l'âme de ma figue unique et bienaimée en attente de rédemption dans les estomacs ravis des mésanges, rouge-queues et autres carnassiers des environs.

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