Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L'anarchie,  c'est s'assumer

Un ami m'écrit pour me féliciter de surmonter si bien la sale blague que m'a faite le destin en me foudroyant (provisoirement) d'un infarctus et  me dit: "C'est à ton enfance montagnarde rude que tu dois cette santé de roc". Il ne croit pas si bien dire, cet ami très cher, car en voici un écho.

A l'âge de 9 ans et de 10 ans, je passai deux saisons d'été consécutives comme petit berger, en patois boubo du modzoni, dans les alpages de Nendaz à garder 180 génisses et génissons avec mon compagnon le modzoni. Sans jamais me plaindre de ma condition, bien au contraire, avec la fierté d'avoir été choisi pour faire ainsi la preuve de ma capacité à m'assumer.

M'assumer, c'était: sans aucun vêtement de rechange, garder les bêtes par tous les temps, d'abord dans les forêts basses de l'alpage avec en cas de pluie l'herbe mouillée qui m'arrivait aux épaules. Dormir sur des planches par terre sous des sapins et des mélèzes en faisant sécher pendant la nuit les chaussettes et les souliers cloutés avant de recommencer le lendemain dès 4 heures du matin.

Puis, le troupeau prenant de l'altitude au-dessus de la limite des forêts, descendre tous les 2 jours chercher dans les abris des vaches notre subsistance et remonter de 1500m d'altitude à 2500m à travers forêts et pierriers, brante au dos contenant 10 litres de lait avec un pain de seigle sous chaque bras. J'avais 9 ans. Une heure et demie de marche quasiment forcée. Et là-haut dormir avec le modzoni sous un rocher en surplomb. Nourriture unique pendant 4 mois exclusivement le lait, le pain de seigle et un morceau de fromage. Jamais je n'ai émis la moindre plainte sur ma condition. Jamais. Parce que, ce faisant, j'avais conscience de m'assumer en gagnant mon pain de seigle, mon lait et ma maigre portion de fromage. Car la ration du fromage attribuée à chaque berger était proportionnelle au grade: tant de grammes au prorata de la responsabilité de chacun, 150 gr. au premier vacher, 125gr au second vacher etc. Imagine la part du dernier de l'équipe, le petit boubo du modzoni que j'étais. Tant mieux: autant de grammes de moins à transporter en grimpant vers la cime, ma brante de 10 litres de lait sur mon dos. J'avais 9 ans. Enfants gâtés du Système consumériste, prenez-en de la graine!

Jamais, au grand jamais une plainte n'a effleuré mon esprit et encore moins mes lèvres parce que, à 9 ans, je me suffisais à moi-même, je ne devais rien à quiconque sinon la vie à mes géniteurs. Et aujourd'hui encore, 80 ans plus tard, je leur rends hommage de m'avoir ainsi enseigné l'unique philosophie qui tienne la route et consistant à s'assumer dans la dignité. 

Cette dignité même m'autorise plus que jamais à crier haut et fort que j'emmerde l'Etat, j'emmerde la Suisse qui, à cette époque-là précisément, refusa le secours de l'Assurance militaire fédérale à mon père Adrien, mineur de son état, mobilisé par l'Armée suisse comme pontonnier sur les bords du Rhin, victime d'un AVC invalidant et fut renvoyé chez lui sans soins. Grand merci à la Confédération Suisse contre qui mon père perdit son procès sous le prétexte que son AVC était survenu 2 jours et demi après son entrée au service militaire alors que la loi en prévoit trois ! Bravo à la Suisse hypocrite berceau de la Croix-Rouge!

Et j'emmerde deux fois la Suisse parce qu'à cause de ce procès perdu contre l'Assurance militaire ma mère Innocente a dû passer toutes les années de guerre à travailler, de nuit afin de s'occuper de ses 4 enfants pendant la journée, à travailler au tri du charbon sur les terrils de la mine de Chandoline près de sion, été comme hiver et par tous les temps, agenouillée sur le tas de charbon afin de nourrir sa famille. Moi, à 10 ans, j'y apportais ma contribution avec le demi fromage gagné à l'alpage de Novelly.

Cette même dignité m'autorise à crier haut et fort que j'emmerde l'Eglise catholique qui, sous prétexte fallacieux de venir en aide à une famille dans la gêne (c'est le moins que l'on puisse en dire) et sous prétexte plus captieux encore de prétendue vocation sacerdotale précoce, inexistante en fait, fit main basse sur ma personne en m'embrigadant dans un juvénat séminariste de Fribourg tenu par une congrégation de Pères spécialisés dans la pédophilie galopante générale.

Fatalité? Hasard ou nécessité? Merci au destin d'avoir fait de moi l'anarchiste que je suis devenu, qui ne doit rien à personne, qui peut s'autoriser à dire Merde à l'Eglise catholique ! Merde à la Confédération suisse! Merde à tous les Etats du monde! Merde au Système qui régit le Monde! Et merde à toutes les religions, car elles avilissent l'homme en faisant de lui un perroquet débiteur de prières aussi imbéciles que ridicules!

Et vive l'amitié anarchiste entre tous les résistants, tous les révoltés du monde entier, objecteurs à l'état militaire, dynamiteurs de croix publicitaires sauvagement implantées dans les espaces publics et tous autres insoumis irréductibles! Et guerre aux cons! Vaste programme disait le long Charles!

Être anarchiste, c'est 'assumer et résister.

Et rire! Car le rire de l'anarchiste est salutaire et salvateur: c'est le rire du spectateur  qui n'est pas dupe. Salut, bande de rigolos!

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :