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Anecdotique? Pas certain!

Je ne dirai rien de la mort de Johnny H. à qui la France Eternelle se prépare à octroyer des obsèques royales sinon nationales, avec Président de la République en tête du cortège. Un certain William Shakespeare en dirait que c'est "Beaucoup de bruit pour rien", au demeurant,  beaucoup de bruit qui voudrait être de la musique.

En revanche, j'en viens à l'anecdote racontée par son compagnon de décès simultané, M. le comte Jean Bruno Wladimir François de Paule Le Fèvre (excusez du peu !) . d'Ormesson, académicien émérite, de haute ascendance nobiliaire. Or, tout homme de la droite politique française distinguée qu'il était et ancien rédacteur en chef du très grand-bourgeois Le Figaro, Jean d'O. avait une grande admiration et amitié envers l'écrivain communiste Louis Aragon.

Or donc, un jour, au nom de leur amitié  - et peut-être aussi un peu dans l'espoir de voir l'académicien Jean d'O. plaider sa cause auprès d'autres académiciens pour son accession à sa consécration suprême -  le poète Aragon invite l'académicien Jean d'O. à manger dans un restaurant digne de leur classe. Ils y arrivent dans la somptueuse voiture de l'écrivain communiste Louis Aragon. Voiture conduite non pas par son propriétaire mais... par un chauffeur! S'il vous plaît! Un chauffeur avec casquette? L'histoire ne le dit pas.

Au moment où les deux futurs convives se préparent à sortir de la voiture, le chauffeur se tourne vers ses deux passagers assis à l'arrière comme il se doit dans la bonne société de la France Eternelle et demande, candide:

- Dois-je vous attendre ici et combien de temps?

Et le distingué écrivain communiste Louis Aragon de lui rétorquer sèchement:

- Oui, vous devez nous attendre. Pourquoi croyez-vous que l'on vous paye?

L'aspect "lutte de classe" de la réaction de son ami Louis Aragon n'a pas échappé au distingué comte Jean d'Ormesson qui, l'oeil pétillant et la lèvre gourmande raconte cette anecdote à la télévision en l'assortissant de son commentaire narquois:

- Dans mon monde à moi, on ne traite pas le personnel de maison de cette façon-là.

Et toc ! Une leçon de bienséance jetée au visage du distingué écrivain communiste Louis Aragon champion de la théorie de la Lutte des classes !

Preuve non seulement que l'argent pourrit tout ce qu'il touche, mais que tous, qui que nous soyons, nous sommes susceptibles, à son contact, de révéler le fondement premier de la nature humaine: la veulerie. Ce jour-là, le distingué théoricien de la Lutte des classes, en rabaissant son chauffeur à son niveau social originel, a cru s'élever dans l'estime du non moins distingué académicien Jean d'Ormesson. Erreur: il a fourni à celui-ci, son meilleur ami en littérature et meilleur ennemi en politique, l'argument par celui-ci rêvé démontrant qu'il en est du communisme comme de tous les idéaux humains et humanistes: de la poudre aux yeux.

Et une belle occasion de raconter, mine de rien quarante ans plus tard, cette histoire à la télévision. Non sans une délectable gourmandise jaillissant en étincelles de son célèbre regard bleu pervenche.

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