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Le Valais masochiste

Le Valaisan, ça le prend dès la première leçon de catéchisme: on lui enseigne la grandeur de la souffrance du gentil Jésus dont on a cloué les mains et les pieds sur une croix. On lui enseigne le degré d'atroces douleurs que doit représenter le déchirement de ses chairs non seulement au moment de l'enfoncement des clous mais surtout lorsque les pieds et les mains ainsi écartelées par les clous doivent soutenir tout le poids de son corps.

Aïe! Aïe! Aïe!  C'est atroce, mais c'est si bon! Parce qu'au bout de la souffrance il y a la récompense: la Rédemption des péchés du monde! Conclusion? Plus tu auras chrétiennement souffert en ce bas monde, plus grande sera ta récompense dans l'autre.

Il n'en faut pas davantage pour que le Valais entier se couvre de croix et crucifix symboles de la Souffrance, divin supplice, adorable supplice, merveilleux, radieux supplice, suprême jouissance dans la douleur  des chairs martyrisées! Ô jubilation de la Douleur! Et c'est ainsi que tous les enfants de l'Ecole valaisanne catholique apprennent dès la première leçon de catéchisme les délices du Souffrir.

Ainsi drogué par ses gourous  au Culte de la souffrance, le Valais a trouvé l'astuce pour profiter des sublimes paysages printaniers de ses Alpes encore enneigées, même en pleine nuit, mais pas n'importe comment: EN SOUFFRANT! SOUFFRANT, SOUFFRANT ! Pour ce faire, on a demandé la solution à un vrai  valaisan, bien catholique mais aussi bien habitué à faire souffrir dans la joie patriotique ses subalternes en uniforme militaire, un colonel bien catholique, bien valaisan. Et c'est ainsi que naquit LA PATROUILLE DES GLACIERS.

Souffrir! Ah! Souffrir! Quel bonheur! Mais pas n'importe comment: DANS LA JOIE. Mais aussi dans la fierté d'être allé au  bout bout de soi-même et même au-delà de ses capacités à supporter la Sainte Douleur du Christ crucifié! Et toute la ribambelle de la Patrouille des glaciers de chanter en choeur tout en geignant sous l'effort sur l'air du célèbre "C'est si bon" de Louis Amstrong:

"C'est si bon, de partir sur ses skis  /De jour comme de nuit/ De Zermatt à Verbier/ Et de recommencer/ A la moindre occasion! C'est si bon, ces petites sensations/ On souffre c'est très con / Très con,  mais c'est si bon !"

Avis officiel: on peut aussi faire la traversée de Zermatt à Verbier à skis, au printemps, en cinq ou six jours, peinard, en jouissant du paysage et sans se faire crever de fatigue. Feu mon frère Nestor Praz, douanier sur les hauteurs de Zermatt et fort skieur, le faisait chaque année. Pour son plaisir laïc jubilatoire. Salut, frangin !

 

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