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"Je voudrais qu’on choisît tellement les sociétés d’un jeune homme, qu’il pensât bien de ceux qui vivent avec lui ; et qu’on lui apprît à si bien connaître le monde, qu’il pensât mal de tout ce qui s’y fait. Qu’il sache que l’homme est naturellement bon, qu’il le sente, qu’il juge de son prochain par lui-même ; mais qu’il voie comment la société déprave et pervertit les hommes ; qu’il trouve dans leurs préjugés la source de tous leurs vices ; qu’il soit porté à estimer chaque individu, mais qu’il méprise la multitude ; qu’il voie que tous les hommes portent à peu près le même masque, mais qu’il sache aussi qu’il y a des visages plus beaux que le masque qui les couvre”

Tu dis, Jean-Jacques Rousseau, que l'homme naît bon mais que c'est la société humaine qui le pervertit. Après 90 années de vie au milieu de ce monde scélérat, je te dis, moi: "Tous les hommes naissent avec les deux instincts bestiaux primaires d'accaparement des biens et de domination sur leurs semblables. Certains d'entre eux développeront une propension à la négation de ces deux tares originelles chez leurs semblables et donc à leur faire une confiance aveugle. Ceux-ci sont tes disciples, convaincus que l'homme naît bon. J'ai été de ceux-ci. En langage moderne on les appelle "les cons". J'ai été un con.

Car enfin, Jean-Jacques, voici quelques exemples vécus par un véritable con.

Ton modèle humain né bon, donc con, moi en l'occurrence,  a gagné et engrangé un peu d'argent dans le monde des affaires. Il monte à Paris avec sa famille à qui il veut offrir sa nouvelle maison familiale. Pour ce faire, il fait confiance, le con, à un pseudo entrepreneur spécialiste de "la chaumière hollandaise" qui lui procure aussi, à un prix normal, un terrain à 45km de Paris. Ledit entrepreneur se fait remettre des effets de change dûment signés afin de garantir l'ensemble des travaux censés représenter l'achèvement intégral de l'oeuvre remise clés en mains. Le petit Suisse signe, le con. Le Français, né malin comme il se doit, commence ses travaux puis... disparaît après avoir pu encaisser, on se demande par quel subterfuge malin,  l'intégralité des effets de change dûment signés par ce con de Suisse né bon, donc con. On le retrouve, paraît-il - le Français né malin, pas le petit Suisse né con - à Tahiti sur un Yacht ironiquement baptisé "Ma chaumière hollandaise". Son nom est Roland Locoge. En réalité, le pseudo spécialiste de la Chaumière hollandaise était un obscur poseur de moquette.Ton Suisse, Rousseau, né bon donc con, est ruiné.

Le Suisse né con relance une affaire horlogère à Paris. Durement éprouvé par le sort il fait un infarctus. Cela l'oblige à confier la marche de ses affaires non  pas à un seul mais à deux gérants, l'un étant censé surveiller l'autre, car le né bon et donc con se méfie désormais des Français nés malins. L'un des deux nommé Adda est donc Tunisien et censé surveiller le Français nommé Dessaing.  Passent quelques mois. Le con en convalescence de son infarcrus reçoit un jour la visite de la secrétaire de sa Sàrl qui lui annonce qu'il n'y a plus d'argent ni dans la caisse ni à la banque: les deux gérants se sont ligués pour se partager le magot et ont disparu. Comme avant eux le dénommé Locoge.

Le petit Suisse né bon et donc con, se rapatrie à Genève. De révolté il passe au stade de Révolutionnaire et lance son journal hebdomadaire anarchiste personnel, une sacrée pilule à avaler du point de vue financier. Elle coule au bout de 5 ans, naturellement, à force de procès à elle intentés par le shah d'Iran , les flics de Genève et quelques autres.

Pour se refaire, le con  né bon selon JJ-Rousseau mais gros naïf selon son propre vécu, lance une chaîne de Discounts horlogers en autogestion sous appellation "Au fou !". Bientôt une douzaine de boutiques partout en Suisse, de Genève à Bâle et jusqu'à Lugano. En anar autoproclamé, il refuse d'apparaître en patron exploiteur de ses collaborateurs - il leur refuse l'appellation d'employés - et, de ce fait, chacun d'eux se payera librement dans la caisse mais en respectant la parole donnée de n'y prélever que le salaire initialement convenu.

Et ça marche! Sauf que, brave Jean-Jacques Rousseau, dans la vingtaine de "collaborateurs" gagnant normalement leur vie avec des salaires normaux et même largement supérieurs à ceux de la Migros ou de la Placette à fonction égale, il se trouve quelques adeptes de l'appropriation à prétention légitime - au nom de quoi d'autre sinon de l'instinct animal de l'accaparement? Et voilà notre anarchiste autogestionnaire idéaliste soudain mué en flic pour débusquer les tricheurs, puis en juge pour les exclure du nombre de ses collaborateurs !

L'anar idéaliste est devenu flic, puis juge. L'abomination. L'horreur absolue. Et salut, Jean-Jacques Rousseau! Ton homme né naturellement bon existe, oui: c'est le con de cette histoire. Il n'a eu qu'un tort: ne pas avoir ouvert les yeux sur "Les autres", les adeptes de l'instinct animal de l'accaparement, ceux-là mêmes dont un autre philosophe, Jean-Paul de son prénom, a désignés sous appellation de "L'enfer". Car l'enfer c'est eux: "Les autres" !

Devenu nonagénaire, le con parvient enfin à en rire. Ou plutôt à en ricaner. A ce titre il écrit son témoignage, sorte de pentalogie,  sous les 5 appellations suivantes: "

La vie est un poisson d'avril.

L'amour est un poisson d'avril.

L'argent est un poisson d'avril.

La liberté est un poisson d'avril.

La mort est un poisson d'avril.

L'ensemble, 1200 pages,  est en attente d'éditeur. Suicidaire?

Sans rancune, Jean-Jacques?

 

 

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