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Lundi 6 janvier 2020
BRAVO A LA CHAÎNE ARTE POUR SON EMISSION CONSACREE A MAURICE RAVEL.

Lettre ouverte aux charognards
de l’héritage de Maurice Ravel

En 1966, lorsque, pour mon malheur personnel, je m’établis à Montfort l’Amaury avec ce qui était encore ma famille, l’une de mes premières curiosités touristiques fut de visiter La Maison du plus célèbre compositeur français, Maurice Ravel qui y vécut passagèrement. C’était une maison de village toute de pierre apparente dans une ruelle du village, elle aussi toute de pierre apparente.

Ainsi me fut donnée la possibilité d’entrer dans l’intimité musicale de l’homme dont le planétairement connu « Boléro » devait rapporter à ses héritiers, à coups de centaines de millions d’euros, autant d’occasions de s’étriper, des décennies durant, sur sa dépouille comme autant de chacals, vautours, gypaètes et autres charognards. Il n’y a pas moins de 500 millions d’euros à extirper des entrailles de ce cadavre-là. Et cela sans la trace du moindre mérite de leur part, bien au contraire, puisque ces parasites-là jettent une lumière morbide sur le souvenir de l’homme dont ils arrachent et se partagent les entrailles à coups de becs, ongles, crocs, pattes et griffes. Terrifiant miroir de l’humanité telle qu’elle est dans ses fonds - les bien nommés - et ses tréfonds inavouables.

Le poème de Charles Baudelaire intitulé « Une charogne » semble avoir été conçu à leur intention :

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s'élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un œil fâché,
Épiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.

Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
À cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !

Et tourne et retourne encore autour de la planète Terre l’éternel « Boléro » de Maurice Ravel, chacune de ses notes de musique retombant comme lambeau de chair sanguinolente dans la gueule de ces monstres pseudo héritiers.

Petit rappel des faits. Ravel meurt en 1937, léguant sa fortune - et le bénéfice de ses pharamineux droits d'auteur - à son frère Edouard. En 1954, celui-ci engage en tant que masseuse une certaine Jeanne Taverne, dont le mari, Alexandre, s'improvise chauffeur. Quelques années plus tard, Edouard, veuf et sans enfant, fait de Jeanne sa légataire universelle. Quand le fortuné vieillard trépasse en 1960, les époux Taverne se retrouvent donc, sans aucun lien de parenté avec lui, héritiers d'un des plus illustres compositeurs du siècle. Par ici le jackpot des droits d'auteur, qui tombe dans leur poche à chaque interprétation d'une de ses œuvres. Soit tous les quarts d'heure s'agissant du Boléro qui est, jusqu'aux années 1990, la création musicale française la plus jouée dans le monde. Des petits-cousins de Ravel auront beau intenter plusieurs procès pour captation d'héritage, rien n'y fait : ils seront chaque fois déboutés.

L'histoire est loin de s'arrêter là. Au décès de Jeanne, en 1964, Alexandre Taverne se remarie avec une dame Lerga, Georgette de son prénom, manucure de son état, qui a un enfant d'un premier mariage, Evelyne. En 1973, Georgette est veuve. Lorsqu'elle meurt à son tour en 2012, c'est donc Evelyne Pen de Castel (la fille de la seconde femme du mari de la masseuse du frère de Maurice Ravel : vous suivez ?) qui hérite. A elle la juteuse rente. Combien ? Les chiffres restent secrets, mais il se dit que le magot aurait pu dépasser le million et demi d'euros annuel, soit une addition flirtant avec la centaine de millions. Le tout transitant bien entendu par des sociétés offshore qui échappent au fisc français.

Question adressée à ces charognards successifs : lequel d’entre vous serait capable de jouer au piano, à la guitare, au saxophone, au violon, au violoncelle ou n’importe quel autre instrument de musique les vingt premières notes du célébrissime « Boléro » composé par l’homme dont ils éviscèrent et se partagent les très honorifiques et pécuniaires entrailles sous formes de pseudo droits d’auteurs totalement illégitimes dans l’absolu, puisqu’ils n’en ont aucun mérite ?

Lequel d’entre vous, charognards ? Lequel ? Ne répondez pas tous en même temps, bouffis, ce serait l’objet de nouveaux procès en priorité de droits indus à votre clique de procéduriers indignes..

Dimanche 5 janvier 2020, suite à l’émission de la chaîne Arte consacrée au « Boléro » de Maurice Ravel.

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