Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Vendredi 15 mai 2020
TRAGIQUE GENEALOGIE
 
Lu sur le site de l’1dex :
‘UN TEXTE DE LUDOVIC
Le trabtsè est une table montée sur pied sur laquelle l’animal de boucherie était dépecé (chèvre, veau, mouton, cabri, cochon).C’est aussi devenu au fil du temps le sobriquet des Sembranchards.
A travers les siècles, plusieurs histoires font mention de personnes disparues à Sembrancher et la légende a fini par associer cet « engin de torture » aux habitants du lieu.
Le même Ludovic Michellod rapporte :
« La dernière histoire remonte à la période troublée du Sonderbund qui a vu les Jeunes et Vieux Suisses s’affronter verbalement mais aussi physiquement. Jean François Joseph Baud (1807-1844), Bagnard membre de la Jeune Suisse, disparaît à Sembrancher dans des circonstances mystérieuses en mai 1844. Selon ses partisans, il avait été envoyé à Martigny le 18 mai pour s’informer de ce qui se passait en plaine. Sur le chemin du retour, il se serait arrêté vers 22h30 à la pinte du président Luder à Sembrancher. A sa sortie, il aurait été suivi par quelques Vieux Suisses patrouillant dans le bourg et précipité dans la Drance. »
 
Voilà pour « l’affaire F-J Baud ». Mais ce que Ludovic Michellod ne raconte pas, c’est que ce ne fut pas par hasard que le nom patois dudit « trabetzet » se trouva associé à l’image d’un « instrument de torture » mais bien parce qu’il est entré dans l’histoire secrète des mœurs de ce temps-là pour une tout autre raison. Car enfin, le fait de faire boucherie animale relevait alors et relève encore de nos jours des mœurs humaines « civilisées ». Il n’en était pas de même pour celles des partisans bigots de l’évêché de Sion sous la bannière de « La vieille Suisse ».
 
En effet, il était de notoriété publique et cela jusque dans la vallée de Nendaz que les partisans libéraux et radicaux de la « Jeune Suisse » partisans de la laïcité à la française qui tombaient entre les griffes bénites des sbires haut-valaisans de Mgr. l’évêque de Sion se trouvaient systématiquement soumis à la torture sur ledit « trabetzet » afin de les amener à abjurer leurs convictions anticléricales. Et plus si affinités…car ceux qui s’obstinaient à le refuser étaient égorgés comme des porcs « Wie Schweine ! ». Et pour comble d’humiliation posthume, une dévote bigote buvait leur sang ainsi répandu. C’était l’autre version du sacrement de l’eucharistie.
 
Dans la vallée de Nendaz, à Haute-Nendaz plus précisément, ces faits se trouvèrent confirmés par l’héroïne elle-même d’une de ces cérémonies du trabetzet. Chassée de sa vallée à cause de sa mauvaise réputation, l’imprudente s’y réfugia. Elle y tomba en amour pour un Nendard qui lui tira les vers du nez à propos des raisons de son émigration. L’aveu eut lieu dans un raccard, sur le tas de paille comme il se doit. Mais, ô malheur, une oreille sournoise malveillante le capta. Mais pas l’oreille de n’importe qui mais d’un autre soupirant qui s’en empara pour lancer sa campagne de chantage : ou bien tu m’épouses, sinon je le raconte dans toute la vallée.
 
Et voilà posée la trame de ma comédie en patois intitulée « Hfla dü trabetzet » qui obtint le Prix Interrégional du théâtre en patois du Val d’Aoste au fond du Jura en passant par la Haute-Savoie, le Valais et Fribourg. Ma pièce se termine bien : le maître chanteur finit par devenir l’époux de la belle Bagnarde et à eux deux ils se trouvèrent bientôt à la tête d’une nombreuse descendance.
 
Sollicité par une société patoisante, je proposai cette pièce pour être créée à Nendaz. Alerté, mon frère aîné qui veillait sur moi et ma déjà mauvaise réputation, demanda à lire la pièce. Ce qui advint. Pour le malheur de la destinée de la pièce :
« Tü faré jamé djiuë sta piessa en Nendaz, à coujà que sta dzin, i tàoua bêa Bagnarda, è da noutra viëlla parintâ! Ire i groucha da groucha da groucha a no! A-tü fran ënvey de te mettre chè o raté tota a nourtea parintà ? »
Traduction:
“Tu ne feras jamais jouer cette pièce à Nendaz. Parce que tu dois savoir que cette belle Bagnarde est au moins notre trisaïeule ou peut-être sa fille ! As-tu vraiment envie de te mettre à dos toute notre parenté ?»
 
Résultat ? Ladite pièce n’a jamais été jouée. Son manuscrit traîne quelque part dans un vieux tiroir…
 
Tout s’explique : nanti de pareille ascendance, comment aurais-je pu bien tourner ?
Signé : le « mal tourné » anarchiste Narcisse Praz.

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :