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Samedi, 10 mai 2020
 
Plus je connais les hommes
et plus j'aime les bêtes.
 
MON BESTIAIRE
Plus je connais les hommes et plus j’aime les bêtes.
Aujourd'hui:
 
LA VACHE
Savez-vous ce que c'est que de n'être que viande?
Je suis lait, je suis peau, je suis viande en sursis.
Apparemment, je vis sans crainte ni souci.
Je file droit, c'est tout ce que l'on me demande,
En attendant le coutelas.
 
Mais savez-vous, Monsieur, que je possède un cœur?
Et que ce cœur n'est pas que de viande et de muscle?
Je vois que mon propos étrange vous offusque.
Un cœur de vache? Allons! Riez-en jusqu'aux pleurs.
Plantez-y votre coutelas.
 
Les larmes? Parlons-en. Pleurer comme une vache:
C'est votre expression. Eh bien, oui, nous pleurons.
Nous aimons, nous souffrons et nous nous écoeurons.
Nous sentons, nous pensons. Il est bon qu'on le sache,
Avant l'heure du coutelas.
 
Si nous parlions d'amour, Monsieur le Président?
Le licol au museau, solidement coincée,
Garrottée, entravée, offerte à la poussée
Brutale du taureau, sept minutes par an,
En attendant le coutelas!
Le maître est satisfait, car me voici prégnante.
S'il me laissait au moins la maternelle amour,
Le cuistre, le bandit. Mais son plus vilain tour,
C'est le rapt de mon veau. J'en suis toute geignante.
C'est pire que le coutelas:
 
Il dispose de nous en despote absolu,
Nous fait naître et mourir selon sa convenance.
Et s'il pose sur nous sa main, de confiance,
Nous palpant, nous savons à son air résolu
Que c'est l'heure du coutelas.
 
Mais le drame, le vrai, c'est la mort des instincts
Qui vont s'atrophiant: animaux fantastiques
Nous fûmes; nous voici viande domestique.
Avouez que c'est là misérable destin.
Mais mon discours s'arrête là,
Car j'entrevois le coutelas.
 
 
Extrait de mon recueil de poèmes "La complainte des animots"
Ed. des Sables
En vente dans toutes les librairies Fr. 25.--

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