Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Mardi 26 mai 2020
DECHEANCE ET DIGNITE HUMAINES
 
33030 ème jour de mon existence environ.
 
Cet après-midi, sur ordonnance médicale, j'ai rendez-vous au Cabinet de Physiothérapie qui m'a déjà soigné quatre fois. Les trois premières fois, c'est le patron de l'entreprise qui m'a soigné en respectant les indications des radiographies que lui avait transmises mon médecin traitant pour mon problème avec mon épaule gauche défaillante et douloureuse.
Jusqu'ici, ça va. On est entre hommes.
 
La fois suivante, le patron des lieux m'attribue une de ses charmantes collaboratrice, appelons-la Heidi. Je m'y prépare physiquement et mentalement. Apparaît alors une pimpante jeune dame qui se met gaillardement à l'ouvrage. Elle a un accent germanique prononcé, ce qui, me concernant, est plutôt charmant, car j'ai moi-même appris le dialecte suisse alémanique dans les règles de l'art à Langenthal en traduisant la pièce de théâtre Uli der Knecht de Jeremias Gotthelf.
Jusqu'ici, ça va.
 
La jeune et fringante physiothérapeute s'est acquittée de son travail à ma grande satisfaction. Elle me quitte. Je me rhabille.
Et c'est ce faisant que j'ai pris conscience d'avoir, moi, vieille peau de 91 ans, infligé une humiliation à cette charmante personne, habituée à tripoter et triturer de belles anatomies de fringants et pimpants jeunes sportifs et sportives. Et j'en ai éprouvé de la gêne et du désarroi à l'endroit de cette dame. Je pense qu'elle a dû en éprouver du dégoût.
 
Et ce matin, mardi, dans la perspective de me retrouver, moi vieille carne défraîchie et un peu déglinguée, offrant l'épaule gauche nue de ma vieille carcasse aux mains délicates de cette jeunesse en plein épanouissement, j'ai pris conscience qu'un jour, peut-être, dans un lit d'hôpital ou ailleurs, j'en serai réduit à condamner une tierce personne, quelle qu'elle soit, infirmière, assistante ou autre, à vider le bocal contenant mes excréments et mon urine!
 
Et j'ai dit: NON! Et je répète: NON! Jamais. Plutôt crever! Je n'infligerai pas cette indignité-là à quiconque!
Le jour où j'en serai réduit à dépendre d'une tierce personne, quelle qu'elle soit, pour s'occuper de mon pipi et de mon caca, JE M'ASSASSINERAI séance tenante. En me jetant par la fenêtre de l'hôpital ou de n'importe quelle autre façon, lame de rasoir ou avec toutes les lames d'un couteau suisse .
 
Il en va de la dignité de chacun des partenaires, le déchu et le ou la bon(ne) samaritain(e)
A tout à l'heure donc, Heidi ! Vous êtes magnifique et vous ne méritez pas pareille épreuve même librement consentie de votre part et rémunérée.
Persiste et signe: La vieille carne qui vous présente par avance ses excuses.
Je suis très gêné. Pas pour moi, mais POUR VOUS, HEIDI.

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :