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Mercredi 20 mai 2020
LE COUTEAU SUISSE SYMBOLE D’AUTOGESTION
Bravo et merci à l’hebdomadaire « Marianne » pour sa page de couverture de son numéro du 15 au 21 mai 2020 représentant un « Couteau suisse » épanoui, toutes lames dehors, mais sans l’écusson helvétique, sous ce titre :
« Etat, administration, politiques, chefs, intermédiaires,
LES FRANçAIS SE DEBROUILLENT SANS EUX » !
Le tire-bouchonb ? Ils se sont entraidés ! Le décapsuleur ? Le Français consomme local. L’aiguille du cordonnier ? Le maire a pris les choses en main ! L’aiguille et son chas ? La Française fabrique ses masques toute seule ! La petite lame du couteau ? On s’est fait tester sans ordinnance ! La grande lame du couteau ? Patron, il fait tourner sa boîte. La pince ? Prof, il a inventé une pédagogie à distance ! La scie miniature ? En banlieue, ils ont fait sans l’Etat pour le meilleur et pour le pire !
Suit, à l’intérieur du journal le détail de cette débrouille valant certificat d’AUTOGESTION réussie ! Merci, chère Marianne, pour cette démonstration. En toute modestie, à mon tour d’avancer la mienne. Rassure-toi : je t’épargnerai le mot anarchie, car je sais qu’il te ferait peur. Alors, parlons
D’AUTOGESTION !
1975. Ecrasée par la botte justicière pour cause d’offense à la police genevoise accusée de brutalités diverses lors de manifestations publiques, La Pilule et Le Crétin des Alpes rendent leur dernier souffle. Trêve de gueulées et de théories libertaires, il est temps de passer à l’action afin de prouver que la gestion d’une entreprise horlogère, milieu que je connais bien, est possible sans hiérarchie, sans contrôle, voire sans argent de départ, sur la base d’une idée maîtresse nommée : la confiance mutuelle, entre gens déterminés à échapper au Système.
J’ai des relations. On me connaît pour homme de parole en affaires. Je m’approche de mes fournisseurs habituels, de Genève à Soleure en passant par tout le Jura. Ambiance horlogère du moment : c’est la crise. Je sais que toutes les fabriques regorgent de montres invendues.
J’expose mon idée à mon premier fournisseur de longue date en ces termes : « Je n’ai pas d’argent. Mais j’ai une idée. Tu as des dizaines de milliers de montres sur l’estomac en raison de la fermeture de nombreux marchés et de la concurrence japonaise et de Hong-Kong. Moi, Je loue et j’ouvre d’abord une boutique de Discount de montres à Genève. Tu me la remplis de tes montres invendues. Je lance ma publicité : je casse les prix des montres de bonne qualité populaire vendues avec garantie, à partir de onze francs pour la qualité Roskopf et de 29 francs pour la qualité « ancre ». Si ça mord, j’ouvre une seconde boutique à Genève. Je n’aurai pas de problèmes d’approvisionnement, puisque tous les fabricants seront très heureux de trouver sur le marché suisse un écoulement pour leurs stock de montres invendues. Chiche ? Chiche !
Et ça a marché ! Du tonnerre du diable même dès la première annonce dans le G.H.I. tous ménages.
Et me voilà obligé d’engager du personnel de vente et de réparation ! Moi, patron ? Moi, l’anar partron ? ça va pas, la tête ? Dans mon Discount horloger à l’enseigne « Au fou ! », il n’y pas un patron et des chefs et des sous-chefs ! Tous égaux ! Y compris le patron ! Ce qu’on veut, c’est que l’affaire tourne rond-. Et chaque collaborateur prend librement dans la caisse du magasin le salaire qui a été convenu à l’avance et qui, ne vous déplaise, était d’au moins 50% plus élevé que celui d’une vendeuse d’un Grand magasin. Et personne ne contrôle son ou sa collègue pour vérifier s’il respecte la parole donnée.
Et ça a marché du tonnerre du diable anarchiste ! Après deux boutiques à Genève, une à Lausanne, puis Montreux, puis Sion, Bienne, Berne, Bâle, Zürich, St.Gall, Coire, Lugano, Sierre, Haute-Nendaz ( pour la gloire !). Et partout la même règle : LA CONFIANCE !
Et ça a marché pendant 10 ans environ ! Après quoi l’un des fournisseurs a trouvé que cela valait la peine de racheter l’affaire et l’a fait.
Des pépins ? Oui, il y eut quelques pépins, Même quelques gros pépins, la notion de CONFIANCE ayant ses limites.
Une entreprise où le personnel se paye librement dans la caisse commune sans aucun contrôle ? Je parie que tu n’as jamais vu ça-. Et pourtant, ça a existé. Une fois. Cela s’appelait les Discountes horlogers « Au fou ! »-
Résultat ? Des « collaborateurs et collaboratrices » qui sont devenu(e)s des amis à la vie à la mort ! Tu veux des noms ? Au moins plus qu’autant qu’il y eut de succursales à travers la Suisse.
Le couteau suisse symbole de L’AUTOGESTION ? Chiche, « Marianne », j’applaudis !
Ton abonné helvétique : Narcisse Praz
Postscriptum : J’aurais préféré le mort « Anarchie » en lieu et place d’Autogestion, mais j’ai craint de me faire lyncher sous accusation de terrorisme.

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