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Samedi 25 juillet 2020
ELOGE du RIRE
ET DE L’AUTODERISION
Il est un peu plus de 3 heures du matin. Veux-tu bien que je te donne un conseil pour vivre longtemps et le moins mal possible ? Oui ? Alors, ris ! Rigole ! Fous-toi de ta propre gueule d’animal humain qui pourrait être tenté de se prendre au sérieux. Il n’y a rien au monde de plus grotesque qu’un homme ou une femme assez sot pour se prendre au sérieux. Mon dernier éditeur a entre les mains mon ultime autobiographie conçue sous l’angle de l’autodérision subdivisée en 5 parties respectivement intitulées : « La vie est un poisson d’avril », « L’amour est un poisson d’avril », « L’argent est un poisson d’avril », La liberté est un poisson d’avril », « La mort est un poisson d’avril ». A paraître, si la Covid le permet, l’année prochaine.
 
D’où et de quand date pour moi cet impératif absolu qui, depuis lors, a régi mon existence ?Du jour anniversaire de mes 20 ans, le 5 septembre 1949. J’étais prof de langues dans une école privée de Bellinzona capitale du canton du Tessin. Mon passé récent encore dans le monde absurde du juvénat des singes ensoutanés qu’étaient les pères missionnaires de Saint François de Sales où, pendant six ans, tout en étudiant le grec ancien et le latin,j’avais servi de poupée gonflable au père surveillant de cet internat de tarés, m’obsédait, me turlupinait à tel point que ce soir-là anniversaire de mes 20 ans, j’avais décidé d’en finir avec ma vie. C’est commun, paraît-il, chez les rescapés de pareil mésaventure funeste.
 
Or donc, me voici, suicidaire, sur le pont du fleuve Ticino, sondant le vide qui me séparait des eaux tumultueuses, prêt à y plonger, bien conscient du fait que chez les ensoutanés je n’avais jamais appris à nager. Mourir le jour de mes vingt ans ? Sublime défi à la vie banale du reste du monde ! Et voici que s’offre à moi un spectacle inouï : en bas, sous une arcade du pont, un couple en pleins ébats amoureux baisait, baisait, baisait à mort. Et moi, en haut, je me préparais à mourir. Pas n’importe quand, mais le jour de mes vingt ans. La situation m’est apparue tellement cocasse que je suis parti d’un homérique éclat de rire. Et je suis rentré dans ma chambre en location en ville. Sauvé.
 
Mais c’est pas tout, c’est pas tout. Le surlendemain, qu’apprends-je ? Une rumeur circulait en ville de Bellinzona faisant rire tout le monde. Et pour cause : l’avant-veille, donc le soir de mes vingt ans précisément, une ambulance avait récupéré sous le pont sur le fleuve Ticino un couple qui, en faisant l’amour, était resté collé, encollé exactement comme cela arrive parfois entre chien et chienne. Dans le cas des canins, on sauve la situation en jetant sur le couple inséparable force seaux d’eau froide jusqu’à décollage advenu.
 
Mais c’est pas tout, c’est pas tout. Le couple en question était constitué rien de moins que du chef de la police cantonale, marié et père de famille, et de la plus belle fille de la ville, la sublime secrétaire de l’Office du tourisme que je croisais plusieurs fois par jour, car nous travaillions tous les deux sur l’avenue de la gare de Bellinzona.
 
Mais c’est pas tout, c’est pas tout : la sublime personne en question avait été proclamée officiellement Miss Bellinzona ! Du jour au lendemain, les gens de Bellinzona la surnommèrent « Miss attacca tutto », alias « Miss colle-tout ».
 
Et voilà comment j’ai appris à rire de tout et surtout de moi-même. Mon nom et un extrait de mes écrits satiriques dans mon journal satirique « La pilule » figurent dans une anthologie intitulée « Le rire en Suisse romande » de Jean Calvin à nos jours. Depuis lors, j’ai commis une autobiographie sur le ton de l’autodérision intitulée « Auto vivisection d’un mouton retourné » en trois volumes, aux Editions d’En bas, puis le Dictionnaire insolent (Ed. Slatkine), le « Dictionnaire des noms propres et malpropres » aux mêmes éditions. Et enfin pour me moquer, en même temps que de moi-même, des ensoutanés qui m’avaient pris pendant six ans pour leur poupée gonflable, j’ai intitulé la partie de mon autobiographie les concernant : « Gare au gorille ! » , reléguant tout ce monde de religion au rang de singes ensoutanés.
 
Et ce matin, dans ma 91ème année, entre 3h et 4h du matin, c’est en me payant du bon temps à en rire que je viens de vous raconter comment l’on peut passer d’une envie d’autodestruction à un besoin irrépressible d’autodérision.
 
En conclusion, qu’y a-t-il au monde de plus ridicule qu’un homme ou une femme qui se prendrait au sérieux, comme ce conseiller fédéral libéral radical tout bouffi d’autosatisfaction qui, à la télévision, avec son air benêt et son gros accent teuton a osé dire : « Rrrrirrre, z’est bon bour la zanté ! »
Allez, salut, passez un heureux weekend. Mais surtout, rigolez, parce que « rrirre, z’est pon bour la zanté"

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