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Samedi 8 août 2020

LUXURIA-VIRUS

 

Charles Baudelaire au confessionnal

Deuxième visite

  • Mon Père, bénissezmoi, car j’ai de nouveau commis un péché de chair tout en lisant et pratiquant le second des trois poèmes de Charles Baudelaire pour lesquels il fut condamné, pour offense à la morale religieuse et publique et aux bonnes mœurs, à une forte amende assortie de l’interdiction de leur publication dans son recueil « Les fleurs du mal ».Ce poème est intitulé « Le Léthé », mot qui désigne l’un des trois fleuves des Enfers dont le nom signifie « oubli ». Les ombres des morts buvaient ses eaux afin d’oublier les maux et les plaisirs de leur vie terrestre. Mon Père, je m’accuse, inspiré par ce poème, de m’être adonné à l’un de ces plaisirs charnels coupables, avec amours, délices et grandes orgues en douce compagnie féminine . Ce poème, le voici :

Le Léthé

Viens sur mon cœur, âme cruelle et sourde,
Tigre adoré, monstre aux airs indolents ;
Je veux longtemps plonger mes doigts tremblants
Dans l'épaisseur de ta crinière lourde ;

Dans tes jupons remplis de ton parfum
Ensevelir ma tête endolorie,
Et respirer, comme une fleur flétrie,
Le doux relent de mon amour défunt.

Je veux dormir ! Dormir plutôt que vivre !
Dans un sommeil aussi doux que la mort,
J'étalerai mes baisers sans remord
Sur ton beau corps poli comme le cuivre.

Pour engloutir mes sanglots apaisés
Rien ne me vaut l'abîme de ta couche ;
L'oubli puissant habite sur ta bouche,
Et le Léthé coule dans tes baisers.

A mon destin, désormais mon délice,
J'obéirai comme un prédestiné ;
Martyr docile, innocent condamné,
Dont la ferveur attise le supplice,

Je sucerai, pour noyer ma rancœurs,
Le népenthès et la bonne ciguë
Aux bouts charmants de cette gorge aiguë
Qui n'a jamais emprisonné de cœur.

 

  • Vous l’aije déclamé à votre pleine satisfaction, mon Père ? Et suis-je digne de votre absolution ?

 

  • Mon fils, je vous accorderai volontiers l’absolution pour vos péchés de chair si vous me promettez, sur votre foi chrétienne, de récidiver et de revenir  ici même demain, dans ce confessionnal, à la même heure, porteur du  troisième  poème sacrilège de Charles Baudelaire intitulé « Lesbos ».  Je brûle de l’entendre de vos lèvres impies. Si vous me le dites avec la même ardeur dont vous fîtes preuve pour la diction des deux précédents, non seulement je vous accorderai l’absolution pour tous vos péchés de chair avoués en confession, mais je l’enrichirai d’une indulgence plénière valable pour votre comparution au Jugement dernier. Quel fieffé coquin tout de même, que ce Charles Baudelaire, n’est-ce pas, mon fils ?

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