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Vendredi 7 août 2020

 

LUXURIA-VIRUS

 

Au confessionnal

-        Mon Père, je m’accuse d’avoir, sur la plage au soleil, contemplé avec concupiscence le corps nu d’une voisine de séance de bronzage, tout en lui récitant l’un des trois poèmes de Charles Baudelaire pour lesquels il fut condamné pour offense à la morale religieuse à une forte amende assortie de l’interdiction de leur publication dans son recueil « Les fleurs du mal ». En voici le premier :

 

Les bijoux

La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur
Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j'aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d'aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s'était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l'Antiope au buste d'un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

Et la lampe s'étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre.

-        Mon fils, je ne vous accorderai l’absolution que si vous me promettez sur votre foi chrétienne de ne pas récidiver avec les deux autres poèmes intitulés « Le Léthé » et l’abominable « Lesbos ».

-        Mon Père, il faut que j’y réfléchisse, car j’ai commis d’autres péchés contre la pureté.

-        Dans ce cas, mon fils, en attente de votre acte de contrition, la menace de l’Enfer éternel planera encore sur votre tête. Ainsi soit-il.

-        Ainsi ne soit-il pas, car je vais récidiver, mon Père.

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