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Il fut un temps, point si lointain, où la pratique religieuse catholique touchait, notamment dans les villages et vallées du Valais et de Fribourg, la quasi totalité de la population. In illo tempore, la messe des funérailles faisait partie des moeurs religieuses normales des populations et c'était tout à fait normalement que l'on se rendait à l'église pour la messe d'adieu, puis que l'on accompagnait le corps du défunt sur le cimetière pour lui rendre les derniers honneurs.

Puis vint le temps du désamour entre les populations et la pratique religieuse intensive. Avec lui grossit le nombre des parents et amis du défunt venus à ses obsèques uniquement pour lui rendre les derniers honneurs et donc indifférents, voire hostiles, à l'office religieux. Sans donc pénétrer dans l'église, tous ces anciens fidèles devenus laxistes en matière de pratique religieuse attendaient devant ses portes le seul moment important des obsèques, celui pour lequel ils étaient venus, à savoir l'adieu au défunt sur le cimetière.

L'Eglise catholique, fine mouche en matière de qualité-prix de ses divins services, constata donc une baisse de ses recettes dans l'assiette au beurre trônant

à côté du cercueil à l'intérieur de l'église. Or, l'opération assiette au beurre funéraire, censée recenser les oboles pour des messes à dire pour le repos de l'âme (sacrée invention que celle-là!) du défunt et le sauver d'une longue attente de salut au Purgatoire(autre sacrée invention!), était d'autant plus profitable qu'elle relevait, à proprement - ou salement? - parler du chantage à la bonne conscience et à la bonne réputation. En effet, passer près du cercueil sans honorerl'assiette au beurre d'une pièce aussi lourde que possible ou d'un billet de banque aussi ostentatoire que possible relevait del'offense pure et simple faite au défunt lui-même en lui refusant les messes de son salut éternel. Attitude pouvant être interprétée comme une déclaration de guerre à toute la famille du défunt.

Et voilà pourquoi, soudain, les resquilleurs de la messe de requiem, qui stationnaient auparavant devant ou autour de l'église en attendant de défiler au cimetière pour rendre les honneurs au défunt, ne virent plus le cercueil sortir de l'église pour être porté au cimetière pour les derniers adieux et accompagné par la foule. Désormais seuls les membres de la famille accompagnent le cercueil au cimetière. Conséquence: pour faire leurs adieux au défunt, les resquilleurs sont contraints volens nolens de pénétrer dans l'église où est exposé le cercueil... à côté de l'inévitableassiette au beurre ! Et voilà nos resquilleurs, indifférents, athées, agnostiques et autres libres penseurs soumis au chantage: si tu passes à côté du cercueil sans mettre dansl'assiette au beurre ta pièce d'argent ou ton billet de banque, même d'origine athée et mécréante, pour des messes de requiem dont tu n'as rien à foutre, pour un prétendu repos d'une âme à laquelle tu ne crois pas du tout et provisoirement envoyée dans un Purgatoire imaginaire mais très lucratif pour la paroisse, l'évêché et les banques du Vatican, tu passes pour un salaud qui aura ainsi renié son lien parental ou d'amitié avec le défunt! Et par ici la bonne soupe, jubile Monseigneur l'évêque!

Bien joué! Les églises sont pleines pour la circonstance. Pleines de croyants? Non. Pleines d'indifférents ou d'incroyants cocus, contraints d'assister à un office religieux dont ils n'ont rien à cirer et moralement incités à cracher au bassinetde l'Infâme. Dixit Voltaire.

Mais bien déjoué pour ce qui me concerne. Pour ma pomme, j'ai trouvé la solution: j'ai demandé à la commune de Nendaz la mise à ma disposition d'un local communal neutre pour mes obsèques. Eh bien, le croirez-vous? Le conseil communal de Nendaz me l'a accordé! Merci et bravo pour cet acte d'authentique laïcité. Vivement l'avènement du Valais laïc de 2015 après l'aboutissement de l'Initiative populaire cantonale valaisanne "Pour la séparation de l'Etat et de tous les cultes"!

A qui le tour? A Fribourg peut-être?

Narcisse Praz

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